« Vibe coding » : le terme désigne une façon de développer où l’on décrit ce que l’on veut en langage naturel à une intelligence artificielle, qui écrit le code à votre place. On ne tape plus chaque ligne : on dirige, on teste, on corrige. Effet de mode ? Pas seulement. J’ai construit de cette manière une vraie application mobile, aujourd’hui en phase de test sur le Play Store — voici mon retour d’expérience concret, avec ce qui marche vraiment et ce qu’on ne vous dit pas.
Le projet : FlashDeal, une app de deals de dernière minute
FlashDeal part d’un besoin simple : vous avez un empêchement, et il vous reste des places de concert, une réservation ou un objet à céder rapidement. L’application met en relation vendeurs et acheteurs proches, avec un compte à rebours : on découvre les offres en swipe ou sur une carte, on réserve, on discute par messagerie intégrée, puis on se retrouve en main propre. Sans commission, sans intermédiaire.

Ce n’est pas un prototype : c’est une application complète, avec authentification, géolocalisation, chat temps réel, notifications push même app fermée, traductions en trois langues (français, anglais, espagnol), et toute la conformité nécessaire pour une publication sur le store.

Ce que le vibe coding permet vraiment
J’ai utilisé Claude Code, un assistant IA qui travaille directement dans le terminal, au contact des fichiers du projet. La différence avec un chatbot classique est majeure : il lit le code existant, modifie plusieurs fichiers, lance les commandes et vérifie le résultat. On ne copie-colle plus des bouts de code : on décrit un objectif, il l’implémente dans le projet réel.
Concrètement, cela m’a permis de :
- Aller vite sur ce qui est répétitif : écrans, formulaires, traduction complète de l’interface en trois langues, thème graphique cohérent.
- Aborder des domaines que je ne maîtrisais pas : base de données et règles de sécurité côté serveur, notifications push, fonctions déclenchées automatiquement.
- Déboguer efficacement : décrire le symptôme (« les notifications n’arrivent pas quand l’app est fermée ») et remonter méthodiquement à la cause.
- Ne pas rester bloqué : le plus gros frein quand on développe seul, c’est le point de blocage qui coûte trois jours. Il saute en quelques échanges.
Et pour se donner un ordre d’idée : le site vitrine getflashdeal.com, qui présente l’application et recrute les testeurs, a été conçu et mis en ligne de la même manière — en une fraction du temps qu’aurait demandé une réalisation classique.
Ce qu’on ne vous dit pas : les vraies limites
Le discours ambiant laisse croire qu’on décrit une idée et qu’une application sort toute seule. C’est faux, et voici pourquoi.
1. Le vrai travail commence après le code
Écrire les fonctionnalités n’a pas été le plus long. Le temps est parti dans tout le reste : signature de l’application, création du compte développeur, déclarations de confidentialité, classification du contenu, captures d’écran, textes de la fiche, obligation d’une fonction de suppression de compte, période de test fermé imposée avec un nombre minimum de testeurs pendant deux semaines… L’IA aide à s’organiser, mais elle ne remplira pas ces formulaires à votre place.
2. Les bugs les plus coûteux sont invisibles depuis le code
Mes vrais points durs n’étaient pas des erreurs de programmation, mais des problèmes d’environnement : des droits d’accès manquants côté base de données qui faisaient échouer des traitements en silence ; un service de cartographie qui refusait les requêtes de l’application alors qu’elles fonctionnaient depuis un terminal ; un affichage qui débordait sur un modèle de téléphone précis. Ce genre de panne demande une démarche d’enquête — l’IA y excelle si vous lui fournissez les bons indices, mais c’est vous qui devez constater le symptôme sur le terrain.

3. Vous restez le chef de produit… et le garant
Les décisions qui comptent restent humaines : quelles fonctionnalités pour un premier lancement, faut-il facturer ou pas, comment gérer la revente de billets dans le respect de la loi française, quelle politique de confidentialité. L’IA propose, mais c’est votre nom qui est sur la fiche de l’application. Vous devez comprendre ce que fait votre code, surtout sur la sécurité : qui a le droit de lire ou modifier quelles données. C’est là qu’il faut relire attentivement plutôt que valider aveuglément.
Alors, opportunité ou mirage ?
Opportunité, très clairement — à condition d’être lucide. Ce que le vibe coding change réellement, c’est le coût d’essayer. Auparavant, transformer une idée en application demandait soit des mois d’apprentissage, soit plusieurs milliers d’euros de prestataire. Aujourd’hui, une personne motivée, avec des bases en informatique, peut sortir un produit fonctionnel en quelques semaines. Cela ne garantit pas le succès commercial : le marché, lui, n’a pas changé. Mais le ticket d’entrée, si.
Mon conseil pour se lancer : partez d’un besoin réel (le vôtre, idéalement), visez un premier périmètre volontairement réduit, et acceptez d’apprendre en chemin. Les bases techniques restent un atout considérable — non pas pour écrire le code, mais pour comprendre, vérifier et arbitrer. C’est exactement la même logique que vendre ses compétences informatiques en freelance : ce n’est pas l’outil qui crée la valeur, c’est ce que vous en faites.
FlashDeal est actuellement en test fermé avant sa sortie. Vous pouvez découvrir le projet — et candidater comme testeur Android — sur getflashdeal.com.

